L'historique de la résidence Flandres

Sotteville-lès-Rouen : Un territoire urbain novateur, en bordure de Seine

Sotteville-lès-Rouen, c’est une longue histoire de cheminots implantés de longue date sur la commune, autour de sa gare de triage, et qu’il faut reloger après les destructions massives des bombardements alliés d’avril 1944.

C’est aussi une géographie atypique, un lieu inscrit dans une boucle de la Seine sur un vaste plateau, sans visibilité ni sympathie avec le fleuve, et c’est cette texture si particulière de galets issus de ses profondeurs apposée sur ces longues façades émergeantes et visibles de loin qui va renouer avec la Seine.

Enfin, c’est un véritable amour de l’architecture moderne et contemporaine, et une vraie culture de l’expérimentation dans la multiplicité des modes d’habiter innovants déployés sur son territoire (cités jardins (place de Verdun), maison en bandes, habitat jumelé…), bâtiments industriels et équipements exemplaires confiés à de grands noms de l’architecture (Dépôt de tramway (actuel FRAC) – Claude Tautel
Arch., médiathèque – Henri Gaudin Arch., arrêt de tramway du centre-ville – Alessandro Anselmi Arch., lycée M.Sembat - Archi 5…

La Zone Verte : Une architecture expérimentale issue de la reconstruction

Le déplacement et la reconstitution du centre-ville plus à l’Ouest (vers le bois de la Garenne) autour d’une grande place bordée par le nouvel hôtel de ville, et la création d’un vaste espace vert cerné de logements collectifs de grande échelle et d’équipements induits dessinent la nouvelle physionomie du centre-ville. 2 trames urbaines se superposent, « Historique » et « Moderne ».

Marcel Lods est l’architecte en chef de la reconstruction de Sotteville. A travers ce projet que l’Etat lui confie à l’issue de la guerre, il met ici en pratique des expérimentations « Modernistes » issues des années 30. Il recompose la physionomie de la ville à travers un ensemble architectural rationaliste et monumental (grandes barres) dont la qualité sculpturale des bâtisses, et spatiale des espaces verts conçus comme un paysage intérieur, sont très novateurs et à rayonnement international.

Cette architecture reprend les grands principes dogmatiques de la Modernité : composition géométrique à grande échelle / architecture fonctionnelle et volumétrie cubique / organisation rationnelle des plans et des logements / niveau de confort équivalent offert à tous ….

La nouvelle identité architecturale du site est très affirmée par ses gabarits (R+10), ses matériaux (béton brut et galets), la rigueur du dessin et des modénatures. Elle caractérise désormais avec force le nouveau centre-ville.

Marcel Lods : Un architecte humaniste talentueux

Marcel Lods, est un architecte prolifique, résolument moderne, fervent adepte des matériaux et procédés industriels qu’il met au service de ses projets dès le milieu des années 20. Il expérimente le potentiel offert par le métal dans les structures et les parements (Cité du champ des oiseaux à Bagneux,1927 / Tours de la Muette à Drancy,1931) et la modularité des espaces (Maison du peuple de Clichy -1935), et introduit une dimension hygiéniste dans ses équipements (Ecole de plein air de Suresnes - 1931).

Il développe la préfabrication dans ses constructions, procédé particulièrement adapté au projet de grande échelle dont il a rapidement la charge (La faisanderie à Fontainebleau – Quartier Gaston Rouleau à Drancy - 1959). Au-delà du projet Sottevillais, il intervient dans l’agglomération, rouennaise avec un souci constant d’apporter des solutions novatrices à la conception de logements (immeuble en verre et métal / cloisonnement modulaire à Rouen St Sever et La grand Mare – 1968) par exemple...

Marcel Lods, est un profond humaniste, inlassablement dédié aux questions du logement pour le plus grand nombre et du « mieux habiter ensemble ». Il valorise le confort moderne pour tous, la modularité des lieux et des usages, la générosité des espaces collectifs, l’ouverture vers l’extérieur. L’espace, la lumière, les matériaux, et les matières vivantes sont toujours au service du lien social, une expression rigoureuse et une modernité appropriable par tous.

L’immeuble Flandres : un monolithe « moderne » dénaturé

« Le Flandres » s’inscrit dans la 2° tranche de construction des immeubles de la Zone Verte. Il émerge suivant une orientation Est-ouest, sur la pointe Nord du site, le long de la rue de Paris. Le système constructif poteau-poutre en béton est complété d’éléments de remplissage que les fiches d’intérêt du PLU Sottevillais mentionnent ainsi :« les édifices de 10 niveaux, grâce à une coordination modulaire de petits éléments préfabriqués, sont assemblés dans une logique de production industrielle - éléments de planchers, dallettes de façade, escalier éléments de cuisine ». Ses façades
sont parées de galets de silex dans un camaïeu de brun.

Sa modénature d’origine est plus sobre que les 3 premières bâtisses édifiées sur la rue Garibaldi. Sa texture est continue sur tous les étages. Les baies, carrées quadrillent le bâtiment alors que des balcons trapézoïdaux en saillie sur les 2 faces et tous les logements recoupent la longueur en travées verticales. 7 cages d’escalier reçoivent 4 logements mono-orientés de 2 à 4P autour d’un beau palier au débouché d’une escalier ouvert, éclairé naturellement par un fin quadrillage de baies sur toute sa hauteur et d’un ascenseur. Les halls, amples et traversant sont postés de part et d’autre des circulations verticales. La serrurerie des portes et gardecorps est finement dessinée.

La précédente réhabilitation s’inscrit dans le mouvement de rejet exprimé dans les années 80 de ces formes architecturales qui vont endosser la responsabilité de toutes les violences urbaines et sociales du moment. La bâtisse est empaquetée dans un costume multicolore de piètre qualité qui la dénature totalement et l’isole du reste du site. Les halls sont fermés, les séchoirs supprimés…. Sa reconquête est donc à initier.